A la naissance du projet d’écriture, il y a l’envie d’écrire pour la comédienne. C’est sans doute pourquoi, ce n’est pas l’histoire qui m’est venue d’abord, c’est le personnage. C’est certainement aussi parce que je suis moi même comédienne… Ou alors c’est le contraire, c’est parce que j’ai une vraie fascination pour les personnes, pour les émotions qui nous fabriquent, que je suis devenue comédienne, puis metteur en scène et finalement auteur. Comme s’il m’avait fallu remonter toute la chaîne de la création, comme si mon parcours professionnel était le reflet parfait d’une vie de la naissance à la maternité. C’est donc le personnage qui est né en moi, ce personnage fait de la comédienne, de moi, de nous, les femmes d’aujourd’hui, mes contemporaines, mes sœurs. Cette Amoureuse nichée au fond de nous, cette petite fille qui ne grandit pas, qui refuse de comprendre, de céder, qui garde ses rêves de princesses et ses peurs d’orphelines, notre épouvante, notre éprouvante.
Ce personnage caché, comme une forme de honte, cette aliénée dans tous les sens du terme, j’ai voulu lui donner la parole une fois pour toutes. Peut-être pour me débarrasser d’elle, peut être au contraire pour assumer collectivement cette part d’ombre en chacune de nous. Lever le mystère féminin, lui ôter sa gloire, lui rendre son entière humanité ; tenter de percer l’énigme, ce que nous faisons de l’héritage amoureux de nos mères, entre fantasme et réalité, espoir et fatalité. Faire ce récit : ce chemin de funambule, que nous empruntons tous, ce jeu d’équilibriste qui nous rend si fragile, si beau, si drôle aussi, et partager cette sensation de vertige qui nous tient quand on se prend à aimer …
J’ai une infinie tendresse pour l’Amoureuse, cette dangereuse, cette folie, cette charmante, cette drôle de fille. C’est peut-être ça que j’ai voulu partager d’abord, parvenir à l’aimer, reconnaître son existence, nous permettre à tous, hommes et femmes, de ne plus la craindre, de vivre avec elle en lui donnant sa place et seulement sa place, celle du fantasme. Alors, enfin, pouvoir s’aimer, pouvoir aimer.