C’est une aventure particulière que d’être le metteur en scène de sa propre pièce.
Le point commun entre ces deux regards : la comédienne est
première.
La scène est quasiment nue, comme elle, comme l’âme de L’Amoureuse qu’elle met
à nue pour nous. Tout est là pour la mettre en lumière, rien ne doit nous
détourner d’elle.
Le lit comme le lieu évident de ses confidences. Il est plus symbolique que réaliste, un rectangle, des draps, un espace qui est tout à la fois le lieu de son crime, et sa prison, son cocon et son ring.
Dans cet intime qui se confie, le public est le troisième personnage de la pièce, . L'Amoureuse s'adressant tantôt à son amant (invisible pour nous), tantôt aux spectateurs, chacun d'entre eux se retrouve dans une écoute active, impliquée.
J'ai choisi de ne pas incarner le personnage de l'amant, pour que nous puissions tous y projeter notre idéal amoureux. C'est ce qu'il est pour elle, et c'est ce qui trame la tragédie, il fallait qu'il puisse l'être pour tous.
Comme chaque fois que je mets en scène, je fais porter l'essentiel de mon travail sur les comédiens. Ici, dans ce quasi tête à tête avec la comédienne, c'est encore plus flagrant. Marie Teissier est seule sur scène, son émotion, sa présence, sont le spectacle. Notre travail est un accouchement.
Dans l'histoire de cette création, il y a d'abord eu le son. J'ai travaillé quasiment sans la regarder, juste en l'écoutant. Le texte est rythmique, c'est comme de la musique. Mais il y a aussi le fait que ce sont mes mots, que je les entendais très clairement en les écrivant. J'ai guidé Marie Teissier vers ma musicalité.
Ensuite est venu le corps. Marie est naturellement l'amoureuse dans sa facette "femme-enfant", elle a l'espièglerie et l'innocence. Mais il fallait aussi une féminité exacerbée, sensuelle, intime. Ce quelque chose que beaucoup d'entre nous, femme moderne, avons tendance à cacher, notre animalité. Là aussi, on retrouve une constante de mon travail de metteur en scène. Je dirige chaque fois les comédiennes dans ce sens. C'est cette exploration de l'intime, ou je ne laisse aucune échappatoire à la comédienne, qui permet de toucher l'universel, une de mes obsessions.
Alors bien sur, travailler avec une danseuse telle que Linda Gonin, est devenu une évidence. Elle nous a accompagné dans cette recherche du corps intime, du corps essentiel, dégagé du superflu, du superflou. Les confidences de l'Amoureuse sont des confi-danses. Et de la même façon, le travail avec Toups Bebey à la composition musicale était indispensable à l'ensemble. Ce travail de rythme dont je parlais plus haut, c'est aussi ma conviction que nous avons tous notre musique personnelle, intérieure, il fallait donner à entendre celle du personnage. Cette musique qui atteints des cellules inaccessibles aux mots et qui vient nous toucher, nous cueillir, au delà de notre conscience. Là encore, j'ai la volonté d'aller chercher ce qui se cache, le secret de l'intimité et qui est véritablement notre part d'universalité.